Passoires thermiques : le retour sur le marché relance la bataille des prix

Le sujet n’est pas un détail technique. Si les logements les plus mal notés au diagnostic de performance énergétique reviennent en location, c’est toute la mécanique des loyers, de la négociation et de la valeur de revente qui se retrouve à nouveau sous tension. Au Sénat, un projet de loi sur le logement a été adopté en première lecture le 8 juillet, avec une idée qui bouscule le marché : revenir sur l’interdiction de louer les biens classés E, F et G. La suite se jouera à l’Assemblée nationale, à la rentrée.

Pour les propriétaires, bailleurs comme vendeurs, la question est immédiate : ces passoires vont-elles regagner de la liquidité sans regagner pour autant de la valeur ? Autrement dit, le marché va-t-il accepter de payer plus cher un bien énergivore parce qu’il redevient louable, ou au contraire sanctionner encore davantage son niveau de performance ?

Le Sénat ouvre une brèche dans le calendrier des interdictions

Depuis des mois, le calendrier de décence énergétique pèse sur les arbitrages. Les logements classés G, puis F, puis E, sont progressivement entrés dans la zone rouge. L’effet sur le marché a été brutal : certains biens ont été retirés de la location, d’autres ont été vendus avec décote, d’autres encore ont été relancés après travaux, parfois au prix d’un chantier mal anticipé.

Le vote du Sénat change le rapport de force politique, pas encore le droit applicable. Mais il envoie un signal clair aux bailleurs : le couperet pourrait être desserré. C’est assez pour faire remonter l’espoir de remise en location sur des biens laissés vacants, en attente de travaux, ou restés bloqués depuis un an par la perspective d’une interdiction.

Reste une réalité moins flatteuse : si les passoires reviennent sur le marché, elles ne reviendront pas comme des biens ordinaires. Elles reviendront avec leur charge de travaux, leur surcoût d’usage et, souvent, un débat plus vif sur le niveau de loyer acceptable.

Pourquoi les prix pourraient repartir, mais pas pour tout le monde

La grande tentation du marché, c’est de croire qu’un bien louable vaut davantage qu’un bien gelé. C’est vrai en partie. Un logement que l’on peut remettre immédiatement en location retrouve de l’utilité économique. Cette utilité peut soutenir le prix, surtout dans les zones tendues où l’offre manque.

Mais un bien mal noté ne se compare jamais à armes égales avec un logement sobre en énergie. Le locataire regarde le loyer facial, puis le coût total. Un appartement énergivore peut afficher un loyer plus bas, mais il coûte davantage à vivre. Cette équation limite mécaniquement la remontée des prix. Dans les secteurs où les charges sont déjà lourdes, la décote reste souvent la monnaie d’échange la plus crédible.

Il faut donc distinguer deux marchés. Celui des biens bien classés, qui conservent leur prime. Et celui des logements pénalisés, dont la valeur dépendra de trois critères : l’emplacement, l’état général et la capacité à absorber des travaux. Un studio bien situé se défendra mieux qu’un grand appartement mal isolé en périphérie. Le marché n’achète pas seulement des mètres carrés ; il achète des perspectives de mise en location sans mauvaise surprise.

Ce que propriétaires et bailleurs doivent vérifier maintenant

La première vérification est simple, mais trop souvent négligée : connaître le classement exact du bien et la date du diagnostic de performance énergétique. Un DPE ancien, mal interprété ou réalisé avant des travaux peut fausser toute la stratégie. Ce document n’est pas une formalité de plus ; il conditionne la lecture du risque locatif, la marge de négociation à la vente et, parfois, la décision de lancer des travaux avant toute remise sur le marché.

Deuxième point : identifier le statut du bien. Est-il déjà loué, vacant, en fin de bail, en copropriété avec travaux votés, ou destiné à la vente ? Les conséquences ne sont pas les mêmes. Un propriétaire bailleur n’a pas le même calendrier qu’un vendeur. Un bien situé dans une copropriété qui s’éveille difficilement aux rénovations collectives n’offre pas les mêmes leviers qu’une maison individuelle.

Troisième point : ne pas confondre retour possible sur le marché et retour rentable. Re-louer vite un logement mal noté peut sembler tentant, surtout si la vacance coûte cher. Mais un loyer un peu plus haut ne compensera pas toujours la décote à la revente, ni les travaux qui s’imposeront tôt ou tard. C’est là que se joue l’arbitrage intelligent : encaisser maintenant ou investir avant que la valeur ne s’érode davantage.

La vente aussi se recompose autour de la performance énergétique

Les vendeurs seraient naïfs de croire que l’effet de ce débat s’arrête à la location. En réalité, chaque assouplissement ou chaque durcissement sur les passoires se répercute sur les prix de vente. Dès lors qu’un logement énergivore peut à nouveau être loué, son attrait pour un investisseur locatif remonte. Mais un investisseur n’achète jamais l’œil fermé : il calcule le coût des travaux, la durée d’amortissement et le niveau de loyer réellement soutenable.

Résultat : un bien classé E, F ou G peut voir sa valeur se raffermir par rapport à un scénario d’interdiction stricte, sans pour autant retrouver son ancien niveau de prix. Le marché devient plus nuancé, pas nécessairement plus généreux. Les biens les plus pénalisés resteront ceux qui cumulent mauvaise note, mauvaise implantation et lourds travaux à prévoir.

Pour les vendeurs, le moment exige une présentation impeccable du bien. Pas seulement en vitrine, mais dans le dossier : historique des travaux, cohérence entre annonce et diagnostic, estimation réaliste du budget de remise à niveau. À ce stade, la transparence vaut souvent mieux qu’un prix affiché trop haut, qui finit raboté par des semaines de négociation.

La vraie question n’est pas la note, mais le coût de sortie

Le débat sur les passoires thermiques est souvent réduit à un classement. C’est une erreur. Le marché raisonne désormais en coût de sortie : combien faut-il investir pour rendre le bien louable, vendable ou simplement défendable ? C’est cette somme, plus que l’étiquette, qui fixe la valeur réelle.

Dans un contexte de taux encore surveillés, de pouvoir d’achat contraint et d’exigence croissante sur les charges, les logements mal notés ne se relèveront pas par décret. Ils ne retrouveront de souffle que s’ils prouvent qu’ils peuvent être occupés sans pénalité excessive. Le retour en location, s’il se confirme, offrira un peu d’air aux bailleurs. Mais il ne fera pas disparaître la sanction du marché.

Un logement classé E, F ou G peut-il être reloué immédiatement ?

Pas automatiquement. Il faut vérifier le texte finalement adopté, la date d’entrée en vigueur et la situation exacte du bien. Le vote du Sénat ne suffit pas à figer les règles.

Un bien mal noté va-t-il forcément perdre de la valeur ?

Pas forcément, mais il subit souvent une décote. Tout dépend de la localisation, de l’état général, du niveau de travaux à prévoir et de la tension locative du secteur.

Que doit vérifier un propriétaire avant de remettre son logement sur le marché ?

Le classement DPE, la date du diagnostic, les obligations applicables à la location ou à la vente, et le coût réel des travaux nécessaires pour sécuriser le bien.

Faut-il baisser le loyer d’une passoire thermique ?

Dans bien des cas, le marché l’impose déjà de lui-même. Un logement énergivore se négocie souvent davantage, surtout si les charges sont élevées ou si le locataire anticipe des dépenses importantes.

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