Interdiction de location : Lecornu relance les passoires F et G

Un signal politique qui bouscule la règle du jeu

Le mot est fort, et il a fait l’effet attendu dans l’immobilier : “recul”. En annonçant un possible retour des logements classés F et G sur le marché locatif, Sébastien Lecornu rouvre un dossier que beaucoup pensaient verrouillé. En toile de fond, jusqu’à 700 000 logements pourraient être concernés d’ici 2028 si cette orientation se confirme.

Pour les propriétaires bailleurs, le sujet n’est pas théorique. Il touche directement la capacité à louer, la stratégie de travaux, la valeur du bien et, plus largement, le calendrier de sortie ou d’arbitrage d’un logement énergivore. Pour les vendeurs, il change aussi le discours commercial : un bien classé F ou G ne se lit pas de la même façon selon qu’il est voué à la location, à la vente occupée ou à une remise à niveau rapide.

La question n’est donc pas seulement politique. Elle est opérationnelle, immédiate, et parfois financièrement lourde.

Ce que change, concrètement, un retour des F et G à la location

Si la mesure annoncée devait être confirmée, l’idée serait simple sur le papier : permettre à certains logements aujourd’hui bloqués par l’interdiction de location de revenir sur le marché, mais sous condition de travaux dans un délai de trois à cinq ans.

Dans les faits, cela desserre la contrainte à court terme, sans la supprimer. Le propriétaire n’est plus obligé de sortir immédiatement du marché locatif, mais il garde une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Autrement dit, la location redevient possible, mais pas sans trajectoire de rénovation.

C’est ce point qui fera la différence entre les biens. Un F en mono-propriété, facile à reprendre en main, ne pose pas les mêmes problèmes qu’un G situé en copropriété ancienne, avec toiture, chauffage collectif ou façade à traiter à plusieurs.

Pour les bailleurs, la question devient alors : ai-je la capacité technique et financière de tenir ce délai ? Pour les locataires, le sujet reste le même : un logement énergivore demeure souvent plus coûteux à chauffer, moins confortable et plus exposé aux tensions à venir sur les loyers et les charges.

Ce qu’un propriétaire doit vérifier tout de suite

Avant même de parler de réforme, il faut revenir aux documents. Un propriétaire qui veut louer ou vendre doit d’abord savoir où il en est exactement.

Premier réflexe : vérifier le classement DPE du bien et sa date de réalisation. Un diagnostic trop ancien, mal lu ou assorti de réserves peut créer une mauvaise surprise au moment de publier l’annonce, de signer un bail ou de négocier un prix.

Deuxième point : distinguer un bien réellement concerné par l’interdiction de location d’un bien simplement fragile sur le plan énergétique. Entre le discours public et l’application juridique, il peut y avoir un décalage. Tant que le texte n’est pas publié, adopté et entré en vigueur, il faut rester sur le droit applicable et non sur les déclarations.

Troisième vérification : la situation locative du logement. Est-il déjà loué ? Va-t-il se libérer prochainement ? Est-il destiné à être reloué rapidement ? Le calendrier compte autant que le classement. Un propriétaire qui anticipe une vacance peut adapter sa stratégie ; celui qui doit relouer vite n’a pas la même marge de manœuvre.

Vente : le DPE ne bloque pas toujours, mais il pèse plus lourd

Côté vente, l’interdiction de location ne signifie pas interdiction de vendre. En revanche, elle modifie la perception du bien. Un logement F ou G peut se vendre, mais il se vend souvent avec une question en plus : qui paiera les travaux, et quand ?

C’est là que la négociation s’installe. Un acheteur regarde désormais le bien à travers le coût de remise à niveau, le niveau de confort immédiat, la future capacité de mise en location s’il investit pour louer, et la liquidité future du bien. La décote n’est jamais automatique, mais la discussion est plus dure.

Pour le vendeur, il faut donc préparer un dossier clair. Pas seulement un diagnostic affiché, mais une lecture honnête de la situation : travaux déjà engagés, devis disponibles, points de blocage en copropriété, aides mobilisables si elles existent, et cohérence entre le prix demandé et l’état énergétique réel.

Sur le terrain, les biens les plus lisibles sont souvent les mieux défendus. Un F avec trajectoire de rénovation crédible rassure davantage qu’un F présenté comme “simple détail administratif”.

Copropriété, travaux, financement : le vrai nerf de la guerre

La grande difficulté, dans beaucoup d’immeubles anciens, ne tient pas à la volonté individuelle du propriétaire mais à la mécanique collective. Isolation de toiture, ravalement, ventilation, chauffage, menuiseries des parties communes : dès qu’on touche à l’enveloppe ou aux équipements, la copropriété entre dans le jeu.

C’est là que les délais annoncés de trois à cinq ans prennent tout leur sens. Pour un logement seul, le propriétaire peut parfois agir vite. En copropriété, il faut souvent voter, budgéter, lancer les études, puis exécuter. Et les assemblées générales ne vont jamais plus vite que les réalités techniques.

Ajoutons la question du financement. Tous les bailleurs n’ont pas la même capacité à absorber une rénovation. Entre un petit propriétaire avec un seul appartement et un investisseur structuré, l’écart est immense. Le premier arbitrera parfois entre vendre, louer encore un temps, ou différer. Le second regardera le rendement global et le coût du financement.

Pourquoi les professionnels doivent maintenant resserrer leur lecture

Agents immobiliers, administrateurs de biens, syndics, notaires, diagnostiqueurs : tout l’écosystème va devoir clarifier le discours. Un logement classé F ou G ne se présente plus comme avant. Les annonceurs devront surveiller le vocabulaire, les bailleurs leurs délais, les vendeurs leur prix, les acquéreurs leur plan de travaux.

Pour les professionnels, le sujet est simple à formuler mais délicat à vendre : la performance énergétique n’est plus une ligne de plus dans le dossier, c’est un paramètre de marché. Elle conditionne la rapidité de location, la capacité de négociation et, de plus en plus, la valeur de sortie.

Le marché immobilier français entre donc dans une phase d’ajustement. Pas forcément spectaculaire au jour le jour, mais très concrète dans les signatures, les visites et les arbitrages.

Ce qu’il faut retenir avant de louer ou de vendre

La annonce de Sébastien Lecornu, si elle se confirme dans le texte, desserre la pression à court terme sur certains logements F et G. Mais elle ne referme rien. Elle transforme une interdiction de location en obligation de trajectoire.

Pour les propriétaires, la bonne question n’est plus seulement “puis-je louer aujourd’hui ?”, mais “puis-je tenir le calendrier des travaux demain ?”. Pour les vendeurs, elle devient “le prix demandé intègre-t-il déjà la future remise à niveau ?”. Pour les acheteurs, elle est encore plus directe : “combien coûtera réellement ce logement une fois remis en état ?”.

Dans l’immobilier, les annonces politiques font rarement le marché à elles seules. En revanche, elles orientent les décisions. Et sur les passoires F et G, chaque mois de brouillard coûte cher.

FAQ

L’interdiction de location des logements F et G disparaît-elle automatiquement ?

Non. Une annonce politique ne vaut pas changement de règle. Il faut un texte précis, un calendrier et des conditions d’application claires.

Un logement classé F ou G peut-il encore être vendu ?

Oui. La vente reste possible. En revanche, le classement énergétique pèse davantage sur le prix, la négociation et les travaux à prévoir.

Que doit vérifier un propriétaire bailleur en priorité ?

Le classement exact du bien, la date du DPE, la situation locative, les travaux nécessaires et la capacité réelle à les financer dans le délai annoncé.

Pourquoi la copropriété complique-t-elle les choses ?

Parce que beaucoup de travaux énergétiques dépendent de décisions collectives, de votes en assemblée générale et de délais techniques incompressibles.

Un acquéreur doit-il regarder le DPE différemment s’il veut louer ?

Oui. S’il achète pour louer, le classement énergétique devient un élément central du rendement, du calendrier de mise en location et des travaux à budgéter.

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